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Une forme aussi puissante qu’anodine

Que signifie une monnaie-poème ?

Le billet-poème est un support éditorial.  Soit ! En cela, il propose une nouvelle forme de diffusion pour la poésie,  une forme qui rend possible la proximité, l’intimité, l’accessibilité.  Une forme volatile, aérienne, si légère qu’elle semble ne pas impliquer ou presque celui ou celle qui le reçoit – elle semble seulement…

La forme du billet est aussi le symbole de la transaction, du passage d’une main à une autre d’une monnaie d’échange.  Je reviendrai sur la monnaie dans un futur article.  Ce qui compte à ce stade et de bien souligner que cette forme induit une transaction. Un passage de quelque chose d’une main à une autre, d’un être à un autre.

Mais quelle transaction quand il s’agit d’un billet de mots ? Quelle monnaie d’échange dans le poème ? Que signifie cette monnaie-poème ? Et enfin quelle est la portée de la forme subversive du billet ? Quelle est l’invention de ce détournement ?

C’est là que la puissance « révolutionnaire » de ce support apparaît, qui m’a moi-même tellement surpris lors de la trouvaille, et surtout depuis que j’ai exposé au grand jour le projet, enrichi sans cesse par le regard et l’écoute des autres. Car c’est justement parce que la forme est anodine, humble, que rien ne peut arrêter un billet-poème propre à s’immiscer  dans tous les combats, dans toutes les failles de notre société fragile…

Poème inédit de Max Alhau accompagné d'une oeuvre  originale de Danièle Brussot

Subversif…mais pour la bonne cause

C’est parce qu’il détourne la forme d’un argent qui nous a rendu malades et aveugles qu’il peut plus qu’un autre éveiller les consciences et nous aider à retrouver le sens, un sens qui passe par le centre.

Parce qu’avant de prendre un nouveau chemin, chacun a besoin de se retrouver, de se recentrer, de trouver son centre de gravité. Quitter cette peur paralysante qui nous a portés dans un monde angoissant et qui nous a poussés à la tentation de l’accumulation. J’y reviendrai.

Et la lecture du poème est salutaire dans cet exercice ! Justement, elle ramène tout au centre, elle chasse le bavardage. Elle permet de trouver au centre de soi-même un espace de solitude, mais de fraternité ; un espace de silence, mais de plénitude. Le poème est rempli de ce qui va aider à vider le superflu ! Et il a un autre mérite, c’est qu’il parle au corps, à la fois faiblesse et richesse de la nature humaine. Le corps qui se souvient, qui est doté de mémoire, et qui va ressentir un réel  bien-être dans ce centrage.  Il n’est sûrement pas le seul passage, mais il en est un, certainement !

Pour celles et ceux qui veulent faire une expérience physique de ce centrage, prenez quelques cours de tournage de la terre chez un potier.  Fabuleuse découverte du langage du corps. Un retour à la terre. Pas facile : il faut au moins vingt heures de pratique pour commencer à réussir le centrage.  Et surtout, le tournage impose de mettre de côté le cérébral. Ne pas chercher le centre avec la tête, mais bien avec le corps.

Poème accompagné d'un détail du dessin original d'Yvon MUTREL

Le poème : une expérience sensorielle.

Si un poème ne vous ‘passe’ rien. Prenez-en un autre, et peut être reviendrez-vous au premier par la suite . La diversité est telle que vous trouverez le poème fondateur qui va provoquer une sensation nouvelle du corps, une vibration ‘bouleversante’, anodine mais bouleversante. Les mots sont  une matière à la fois si contraignante et si pleine de notre humanité…

Ce sont bien les mots qui nous distinguent des autres vivants, n’est ce pas ? Ils sont synonymes de notre toute puissance face au monde animal et naturel. Mais nous n’avons pas suffisamment pris soin du langage ! Prendre soin …comme je crois l’homme du feu prenait soin de conserver les braises.  Et le langage a pu devenir un instrument redoutable de domination de l’autre, et surtout nous sommes parvenus  à le vider de sa consistance et à en faire parfois un instrument de souffrance psychique et morale. Tous les mots ont été logés à la même enseigne, mis au même niveau, puis remis en hiérarchie par le ‘politiquement correct’ et les technocrates, qui  en ont fait un instrument d’enfermement, de fausse liberté, de fausse libération…une langue de détention !

A partir de cette sensation du poème révélée au corps, tout redevient possible, et pour deux raisons essentielles.

D’une part, la peur n’a plus beaucoup de prise,  peur que nous avons peu évoquée mais qui explique fondamentalement la tentation de l’accumulation des biens matériels. Sans cette peur primale,  l’individu peut à nouveau se mettre à rayonner en s’affranchissant d’un frein terriblement handicapant.

Et d’autre part, le chemin de la sobriété heureuse est plus facile, parce que moins anxiogène, plus épanouissant, plus motivant et plus essentiel. Lorsque chacun a trouvé son centre, il est à même de rayonner sans complexe et avec une énergie étonnante et créatrice.

Alors s’offrir un poème, et encore davantage offrir un poème à l’autre est à la fois un acte de résistance, un acte symbolique, un acte d’attention, de bienveillance. Il participe du « prendre soin » individuel et collectif, il témoigne de la volonté de construire un monde meilleur.

Texte intégral accompagné d'un détail du pastel à l'huile original de Nathalie FREOUR

Commentaires (1) Trackbacks (1)
  1. NADAUS ROLAND
    12 h 34 min on 19 mars 2010

    Ne meurs pas !

    Ne meurs pas :
    j’ai lavé la cuisine ce matin et elle est déjà sale
    il vient de me pousser un onzième doigt ne meurs pas !
    J’ai appris à manger la boue et le silence et je n’aime plus la musique et la musique ne m’aime pas il y a un manège dans la cour ne meurs pas ! il y a des chevaux de bois dans ma mémoire malade.
    Ne meurs pas ! ne meurs pas le téléphone ne fonctionne pas encore dans le caveau de famille et les morts de toute façon s’y croisent les bras ne meurs pas : tu as oublié de fermer le gaz ta vie va encore déborder et tu vas me suicider une nouvelle fois ne meurs pas ! je n’en peux plus de t’aimer.
    Je suis fatigué ne meurs pas car tu t’appelles Gaïa ma terre et c’est en toi que je renais j’ai acheté le journal ils en parlent ils disent que j’ai raison de t’aimer ne meurs pas ! ce n’est pas annoncé ce n’est pas en première page et je n’ai pas fini de t’aimer. J’ai réservé une table au Restaurant des Morts-Debout on y mange à l’envers sa propre vie en racines par les deux bouts je te le dis ne meurs pas il faut encore que je t’écrive et je n’ai pas commencé c’est tout juste si j’ai appris à t’aimer.
    Ne meurs pas sans toi la solitude n’est pas solitude et je me vouvoie hors de moi dès que tu n’es pas là dis : ne meurs pas. Dis ne meurs pas quand même puisque je t’aime jusqu’à la fin de moi.

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